PENSEE DE L’ENFANT
Jean Pierre Bonan, IUFM de Créteil, histoire des sciences à Université Paris XII
Extrait de « Enseigner la physique à l’école primaire » Hachette éducation
II est difficile d'associer à chaque âge un mode de pensée, les élèves étant plus ou moins précoces ; tous ne progressent pas au même rythme et certains régressent temporairement.
Raisonnements
Tout au long de sa scolarité primaire, l'enfant rencontre des difficultés dans les raisonnements logiques.
Modes de raisonnement enfantin
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Transduction : juxtaposition de faits particuliers sans une mise en relation avec un fait général. |
Faits particuliers : la glace fond plus lentement dans un emballage en laine; une bouteille thermos conserve bien les boissons chaudes... Fait général : un isolant ralentit le transfert de la chaleur. |
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Opposition : confrontation de qualités ou de quantités contraires. |
Dans l'eau, « le clou pointu coule, mais la planche plate flotte » ; « le bout de bois léger flotte, mais le morceau de pâte à modeler lourd coule » ; « la brindille vivante flotte, mais une bille inerte coule». |
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Analogie : recherche de points communs ou de ressemblances pour expliquer des propriétés ou des phénomènes. |
« Les bateaux en bois flottent, donc tout ce qui est en bois flotte » ; « la marée monte et le liquide monte dans le thermomètre, donc c'est la chaleur qui provoque les marées » ; «ce sont les feuilles des arbres qui font le vent, parce qu 'elles bougent comme un éventail ». |
Humanisation des phénomènes
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Pour expliquer un phénomène, l'enfant fait souvent référence à ses propres actions. L'issue de ce « combat » est justifiée à l'aide des raisonnements décrits ci-dessus. |
« Les objets luttent contre l'eau pour pouvoir flotter ou couler » «Le clou est trop petit pour gagner contre l'eau, il coule ; la grosse planche flotte et gagne » ou « l'eau empêche la planche plate d'entrer et pas le clou pointu ». |
Transformation de la régularité en loi
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Les phénomènes familiers ne choquent pas et servent de référence, mais l'inhabituel suscite des interrogations |
«11 y a des vagues sur la mer et des herbes dans les champs, c'est comme ça, c'est normal. » |
En maternelle, les caractéristiques de la pensée de l'enfant sont celles de la pensée préopératoire, tandis qu'à l'école élémentaire elles sont proches de la pensée concrète ; au collège, les élèves devraient atteindre le stade de la pensée formelle.
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EGOCENTRISME L'enfant se place au centre du monde qu'il voit à son image. |
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ArtificialismeDe même que l'enfant provoque ses propres actions, tout phénomène est pour lui artificiel, donc causé par une force mystérieuse (artificialisme mythique) ou créé par l'adulte (artificialisme technique). « L’homme est capable de soulever des montagnes ou d’agiter la mer » |
FinalismeLes phénomènes sont produits dans un but déterminé (confusion entre but et conséquence). « Les vagues sont créées pour faire avancer les bateaux ou ramener les objets vers le rivage. » |
AnimismeDistinction difficile entre le vivant et l'inerte. « La Lune grandit. » « La mer n'est pas contente et soulève des vagues méchantes. » |
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SYNCRÉTISME Vision globale du monde (tout est lié à tout). Incapacité d'analyser et de synthétiser. |
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L'enfant représente les choses telles qu'il les connaît — et non telles qu'il les voit. (Exemple de la boîte de conserve ci-contre). |
Réalisme perceptif L’enfant accorde de la réalité à l'apparence des choses. « Un animal en peluche est vivant. » |
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Pensée concrète (cycles 2 et 3)
Les caractéristiques de la pensée préopératoire s'estompent avec l'âge. À l'école élémentaire, particulièrement après 8 ans, mais avec cependant quelque difficulté, l'élève devient progressivement capable de :
- raisonner sur des espaces non perceptibles et sur des durées
non vécues ;
- intérioriser ses actions (les penser
sans les effectuer) et en expliciter les règles (utilisation de propriétés telles
que : la réversibilité des transformations, la transitivité des relations, l'associativité
ou la distributivité des opérations) ;
- analyser, synthétiser et relier des
phénomènes en recherchant les causes ;
- comprendre les invariances des qualités (substance), des
relations (« est plus petit que »), des quantités (masse, volume) ;
- trouver tous les cas possibles dans
une situation donnée (disjonction des cas), séparer des variables (facteurs
influençant un phénomène) pour tester des hypothèses.
C'est l'âge des « raisonnements sur les raisonnements », celui de l'emploi des méthodes hypothético-déductives. À l'école élémentaire, il faudra conduire les élèves vers ces modes de pensée chaque fois que cela sera possible.
- Raisonnement inductif
L'accumulation de faits particuliers (divers cas et leur résultat) permet d'induire une loi générale ; les exceptions sont reconnues comme telles.
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Exemples de cas :les rails du chemin de fer, le liquide du thermomètre, l'air enfermé dans une seringue |
Exemple de loi : l'élévation de la température, à pression constante, augmente le volume d'une quantité de matière (solide, liquide ou gaz) ; l'eau est une exception car, en dessous de 4 °C, quand la température diminue, elle augmente de volume. |
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Exemple de résultat : ces matières se dilatent lorsqu'elles sont chauffées |
Donc : plusieurs cas et leur résultat INDUISENT la loi.
- Raisonnement déductif
II permet de déduire, d'une loi générale, des résultats particuliers.
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Exemple de loi : tous les métaux sont conducteurs de l'électricité |
Exemple de cas : une feuille d'aluminium |
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Exemple de résultat : cette feuille est conductrice |
Donc : d'une loi et d'un cas EST DÉDUIT le résultat.
- Émission d'hypothèses
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Exemple de loi : pour une quantité de sable donnée, plus l'orifice d'un sablier est grand, plus la durée d'écoulement est brève |
Exemple d'hypothèse : il est possible que l'orifice d'écoulement de S2 soit plus grand que celui de SI, mais d'autres causes existent : la quantité de sable peut être différente, par exemple. |
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Exemple de résultat : la durée d'écoulement du sablier SI est supérieure à celle du sablier S2. |
Donc : une loi et un résultat permettent une HYPOTHÈSE sur le cas.
L'un des rôles de l'école est de favoriser l'évolution de la pensée de l'enfant ; les activités scientifiques apportent pour cela une contribution très importante. Le développement de la logique est nécessaire, mais n'est pas suffisant. Il faut aussi que la curiosité, la pensée critique et surtout la créativité puissent s'épanouir. Créer, c'est aussi exploiter des associations d'idées souvent fructueuses, ainsi que concevoir des hypothèses, des dispositifs expérimentaux et des solutions à des problèmes scientifiques ou techniques. La créativité est donc, en science, associée aux découvertes, à l'invention, à l'évolution et aux révolutions.
En conséquence, un individu équilibré doit être à la fois logique et créatif.
Synthèse: Jean Luc Despretz CPC Landivisiau 2002