Une élève, Emeline, a reçu l'extrait suivant :

"La lettre m'attendait sous l'avalanche matinale des factures et des rappels d'huissiers. Mon correspondant jouait sur du velours en confiant à Blaise Pascal le soin de me transmettre son invitation. Rien ne me rend plus serviable que le portrait de ce grand philosophe, surtout quand il orne les billets de la Banque de France. N'allez pas croire que je sois cupide. J'avais de cet argent un besoin pressant. Les clients étaient rares. À part une minable affaire de caniche volé qui ne rapportait plus un sou depuis des mois, je disposais de tout mon temps pour me lamenter sur le sort des détectives privés. Privés de ressources en particulier. C'est sans doute à la joie de me sentir riche que je dois d'avoir commis mes deux premières erreurs. À midi, j'ai filé chez Bofinger, la brasserie de la Bastille, pour échanger mon billet contre un énorme plateau de fruits de mer et une bouteille de vin de Moselle. J'aurais pu en garder une photocopie, recopier à la main le message qui y était inscrit. Mais non. Je l'ai plié au contraire, à l'instant de régler l'addition, de façon que le garçon ne puisse voir qu'il était maculé. L'affaire n'avait pas commencé que je supprimais déjà un indice important. Le soir, plus grave encore, je suis allé au rendez-vous."

 

Sur une page blanche en regard du texte, elle est invitée, comme ses camarades, à noter le cadre de lecture qu'elle compte mettre en place à partir de la lecture de l'incipit, les éléments dont elle est sûre, ceux qui lui posent problème. Elle commente ainsi ses impressions ou interrogations de lectrice :

"On dirait que l'homme est un détective parce qu'il fait des enquêtes. Ce texte n'est pas récent parce que Biaise Pascal est mort depuis 500 ans. L'homme doit être riche parce qu'il va dans un grand café. Il y a du suspens. Ça doit être un roman policier"

Elle a certes identifié le genre du roman et le rôle thématique de son héros. Mais (et le fait se confirme dans la discussion qui suit l'échange des journaux), elle voit en Blaise Pascal un personnage de l'histoire (ce faisant, elle confond de surcroît le temps du récit et le temps de renonciation : "Ce texte n'est pas récent parce que... "). On sait que le personnage est d'abord saisi chez les jeunes lecteurs par le biais de la mention du nom propre. Il s'en suit, inversement, que tout nom propre cité est susceptible d'être interprété comme renvoyant à un personnage. Par ailleurs, elle infère d'un sentiment fugace et relatif du héros ("c'est sans doute à la joie de me sentir riche") une propriété permanente, la richesse, totalement démentie par d'autres informations convergentes. Deux erreurs graves de lecture dont on peut supposer qu'elles affecteront, si elles ne sont pas corrigées, la compréhension de la suite du roman. Pour ne considérer que l'erreur faite sur le rôle de Blaise Pascal, la discussion qui suit l'échange des journaux et la lecture intégrale du chapitre met en évidence l'étendue insoupçonnée de la confusion.