La nouvelle a été lue dans une classe de CMl. Toutes les hypothèses sur l'identité du correspondant, celles des élèves, celles successives du romancier, ont été étudiées puis confrontées à l'hypothèse ultime qui prend finalement corps. Le texte a été relu pour y repérer les indices parsemés à dessein qui auraient dû normalement indiquer au lecteur la bonne et unique piste. Il est clair pour le maître que tous les enfants ont désormais compris qui était William Stainsforth et quelles étaient ses motivations. Tel est bien le cas pour Antoine :
"J'ai compris que le signataire
anonyme était un de ses personnages. Mais sa façon de l'avoir créé ne lui
plaisant qu'à moitié, il a décidé de se venger sur son créateur. Le tuer.
Le
fait qu'un de ses personnages, William Stainsforth, débarque dans la réalité
m'a beaucoup surpris."
Il est loin d'en être de même pour une bonne moitié de la classe :
"J'ai compris que c'est le policier
qui l'a tué mais je me demande pourquoi"
"J'ai compris que celui qui avait
écrit les cartes postales était un ex-policier. Ce qui m'a surpris c'est que
l'inconnu en voulait à Walter Streeter pour le tuer."
"J'ai compris que W.S. va
rencontrer l'écrivain et que l'écrivain se demandait comment il savait tout ça.
Ce qui m'a étonné c'est quand l'écrivain a voulu mourir, que W.S soit un
personnage de bande dessinée. Je me demande pourquoi W.S. était un voleur et
maintenant un policier"
"J'ai compris qu'on lui envoyait des lettres et il ne savait pas
qui c'était. En fait, c'est une écriture de femme" [hypothèse émise par
l'écrivain au tout début dans la "phase d'ouverture de sens" du
texte, très vite rejetée et explicitement réduite à néant dans la "phase
de fermeture de sens"]
Un tel exercice permet de relativiser la réussite apparente d'une séquence de lecture, à laquelle quelques réponses pertinentes d'élèves peuvent toujours laisser croire, et de mettre au jour des zones d'ombre intense chez certains élèves, que rien dans la discussion n'a permis de débusquer.