Grand-Père
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Auteur |
Gilles Rapaport |
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Dessinateur |
Gilles Rapaport |
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Genre |
Album |
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Thème |
Histoire et mémoire |
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Editeur |
Circonflexe |
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| Parution |
1999 |
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Niveau de difficulté |
3 (CM-Collège) |
| Présentation: Un vieil homme meurt, dont le destin s'est noué, à l'aube du siècle, quelque part en Pologne, avant de se fondre dans des milliers d'autres destins. En rendant hommage à son propre grand-père, matricule 46690 dans un camp de concentration, Gilles Rapaport donne une réponse à la question : "Comment sauver la mémoire de millions d'hommes et de femmes...?" | |
| Commentaire: La lecture de l'album ne trouve sa place qu'au cycle 3. D'abord parce qu'elle a besoin d'être préparée par d'autres lectures, qui aideront le jeune lecteur à identifier le référent, les événements et les lieux évoqués souvent de manière elliptique (la "première grande catastrophe du siècle", "ce pays les refuse, les rejette", le "bruit des bottes", "la Légion étrangère", "la mer du Nord"..). Mais aussi parce que la brutalité de l'illustration et son adéquation aux événements racontés demandent un "accompagnement" de l'adulte. |
L'auteur
| Gilles Rapaport est né à Paris en 1965. Il a suivi les cours de l'Union Centrale des Arts Décoratifs. Il travaille comme illustrateur dans la presse et la communication. Il a illustré d'un trait rond, malicieux et tendre, en jouant avec des aplats de couleurs pastels, une quinzaine d'albums destinés aux enfants de 4 à 8 ans, la plupart en collaboration avec l'auteur Didier Levy, Mais il est également l'auteur et l'illustrateur d'un album incontournable Grand-père chez Circonflexe, qui tranche complètement avec le reste de sa production. |
| Notes personnelles de l'auteur sur son projet : La déportation, la Shoa, les camps ; sont au cœur de notre histoire récente. Personne ne peut, ne doit ignorer, cet épisode unique dans l'histoire humaine. Mais, le temps passant ; le souvenir s'éloigne, et la mémoire s'étiole. Les témoins directs disparaissent, et les néo-nazis de tous bords refont surface. L'Histoire ne suffit plus à préserver des communautés de massacres raciaux, comme en Bosnie, ou au Ruanda. La Bosnie... Ce conflit a été l'un des déclencheurs de mon envie d'écrire "Grand-Père", car c'était le premier conflit racial ; Européen, depuis la seconde Guerre Mondiale. Les Musulmans étaient assassinés en masse du simple fait d'être né Musulman. Comme les juifs pendant la dernière guerre. En France, le Front National était une force politique très agressive, et ouvertement raciste, pétainiste et antisémite. Comme les Vichystes pendant la dernière guerre. Malgré la connaissance ultime de la Haine de l'autre ; les Camps et leurs chambres à gaz ; il y avait en 1996, encore beaucoup d'hommes en Europe, en France, à désirer la disparition d'autres communautés. Au nom du sang. La meilleure réponse à l'intolérance, à la haine, est l'éducation. Aussi ai-je décidé de raconter, le pire de l'Homme; la Déportation, afin que les enfants aient une idée, aussi petite soit-elle, de ce que la haine de l'autre peut être. Chez moi, la Déportation n'était pas cachée ; je savais ce qui était arrivé à ma famille. Je savais que je faisais partie de l'une des rares familles juive française à n'avoir perdu personne pendant la Guerre. Mon Grand-Père, prisonnier de guerre avait réussi à cacher sa judéité aux Allemands, et surtout à ses compagnons d'internement. Il n'a, heureusement pas connu les Camps. Ma Grand-Mère, cachée à Paris, a été prise à la fin de la Guerre, internée à Drancy, elle a échappé aux derniers convois, et à la mort. Mais ce court séjour dans l'antichambre de la Mort l'a suffisamment marquée, affaiblie, pour qu'elle meure trop vite, malade et à demi-folle; à peine soixante-cinq ans. Mon Père, son frère, leur cousin, ont été cachés dans une ferme, dans la Sarthe. Ils ont survécu, mais ont perdu leur enfance, et vécus sans parent pendant cinq années. Les frères de ma Grand-mère sont revenus des Camps. De tous ceux qui étaient restés en Pologne ; il ne subsiste rien. Que ce que mon Grand-Père, il s'appelait Maurice, a pu me raconter. C'est-à-dire, peu de choses. Ainsi, la Guerre n'a pas été dans ma famille, un Tabou, un Deuil insurmontable ; la Mémoire existait, elle était transmise. J'ai donc pu, sans grande difficulté, moi aussi reprendre cette transmission, et raconter "Grand-père". Je ne souhaitais évidemment pas raconter l'Histoire de ma famille, mais celle d'un déporté ; juif, résistant, politique, tsigane, homosexuel... Une histoire suffisamment exemplaire pour qu'on comprenne ce qui était arrivé à ces millions d'hommes et de femmes, déportés. Une histoire assez simple pour être lu, à des enfants de plus de huit ans. J'ai donc écrit Grand-Père en ayant sans cesse à l'esprit cette clarté, cette simplicité. En m'appuyant sur l'histoire de ma famille, qui malgré tout, a été très proche de celle de milliers d'autres familles françaises. Et sur les nombreux textes que j'avais lus. La difficulté est arrivée quand il a fallu illustrer le texte. Représenter la Shoa est bien plus dur que de la raconter. L'image donne immédiatement un sens, surtout quand elle s'adresse à un public jeune. Elle doit être en parfaite adéquation avec le texte. Et il faut représenter la mort, l'anéantissement, sans être mièvre, ou "enfantin". J'ai donc choisi ce traité, dur, noir ;, mais qui ne peut pas trahir l'esprit de ce qu'a été la vie dans les camps. Ce sont des illustrations qui finalement, disent sans détour ce que le texte ne fait qu'évoquer, sous-entendre... J'avais fait ce livre pour que les parents puissent aborder la Déportation avec leurs enfants ; ce sont les enseignants qui la racontent à leurs élèves avec "Grand-Père". J'en suis très heureux. |
Grille d'analyse
| Axe narratif |
- Qui raconte? Au nom de qui ? (narration à la première
personne, faite par un narrateur privilégié, le petit fils
qui raconte l'histoire d'une autre vie, celle de son grand-père) |
| Axe figuratif |
- L'auteur est aussi illustrateur (il choisit un style d'illustration
qui renforce le caractère tragique de l'histoire, ici les images
ne sont plus de simples illustrations mais sont au service du texte ) |
| Axe idéologique |
Grand Père est un album qui dérange, porteur d'un système
de valeurs qui n'est pas souvent proposé dans les classes et pourtant
! |
| Un album choc sur la Shoah, une période de l'Histoire qu'on évoque peu dans les albums pour enfants. Une bichromie très sombre (noir et bleu) et un vif coup de pinceau, torturé, qui traduisent l'horreur de la déportation. Le dessin véhicule un véritable malaise et, brutal, dégage une vive émotion. Ode à la liberté et dénonciation virulente de l'intolérance, un album très réussi tant sur le fond que sur la forme. |
| La seconde partie de l'album est consacré, vous l'aurez deviné, à l'enfer d'Auschwitz. Ce livre illustré à traits épais de bleu et de noir, est à la portée d'enfants jeunes qui souhaiteraient comprendre… ce qui n'est pas compréhensible ! Un livre pour que les jeunes n'oublient pas ! |
| Les encres de Gilles Rapaport réinscrivent le drame dans l'éternité, dans l'humanité. Ses questions se posent à nous, comme elles se sont posées à ceux d'hier : "Un mort est-il toujours un homme ? Un homme portant une casquette à tête de mort est-il encore un homme ? A-t-on déjà vu un homme chasser la nuit de ses cris ?" Dans les ténèbres, il y a toujours des lumières, affirme l'auteur. Cet album en est une. |
Mise en réseau / Echanges / Interprétations
| Débats interprétatifs et philosophiques autour des valeurs humaines et des pensées idéologiques (Faut-il remémorer les atrocités de la guerre? Qu'est-ce que le courage? Les hommes sont-ils égaux? Qu'est-ce que la souffrance? La mort? Le mythe du héros revisité? ... etc) |
| Retour à l'histoire : lien entre l'histoire du grand-père et la réalité historique (écrits d'historiens, films, images, peintures) |
| Compréhension implicite à partir de certaines phrases du texte: "La mort lui était si familière" "Il ne voit pas les ténèbres s'avancer" "L'enfer a son cerbère" "Chacun va vers sa nuit" "Cette nuit la cheminée a illuminé le camp pendant des heures"... |
| Un travail de lecture des images préalable à la lecture du texte (pourquoi une telle force, quels sentiments) |
Propositions d'écrits
de travail / Pistes d'exploitation
| Faire s'exprimer les premières impressions de lecture (dès la première lecture de l'élève, sans commentaires du maître, avec ou pas un questionnaire d'aide à la réflexion, sans orienter la compréhension) . Ex: Est-ce une histoire vraie. Qu'est-ce que vous ressentez à la lecture de cet album (notez les mots et expressions qui argumentent votre pensée). Souhaitez-vous parler de ce que vous venez de lire, pourquoi? ... |
| Faire repérer les problèmes de compréhension posés volontairement par un texte difficile. Ex: découper le texte en plusieurs parties (liées aux lieux) et chercher un titre à ces différents paragraphes. |
| Mettre en résonnance, reformuler des interprétations individuelles spontanées (écrire des résumés interprétatifs). Ex: Le plus important dans cette histoire, c'est ....; Ce que j'ai retenu avant tout .... Le maître souhaite (après discussion collective) confronter les écrits spontanés des élèves: laquelle de ces reformulations, après les échanges en classe, est en ce moment, la plus proche de ton interprétation personnelle ? |
| Provoquer volontairement des interprétations divergentes
sur des passages difficiles. Ex: expliquez ce passage à votre
manière, dites ce que vous en comprenez, ce que vous en pensez. Ex p 29: "Dans les ténèbres, il y a toujours des lumières. Grand-père sera l'une d'elles, ainsi en a décidé un homme. Ex p 22: "Quand grand-père est rentré par la porte du camp, tous lui ont dit qu'il en sortirait par la cheminée" Ex p15: "Si on avait voulu nourrir les hommes, on les aurait fait voyager dans des wagons à hommes." |
| Revenir sur le texte pour interpréter des sentiments. Cherchez les mots ou expressions qui expriment la peur, l'incompréhension, la haine, .... |
| Rendre les élèves témoins de l'évolution de
leur propre lecture.(retour réflexif par ajout, suppression ou substitution) Premier écrit: lecture des images Deuxième écrit complémentaire: lecture silencieuse personnelle Troisième écrit: après discussion collective et relecture |
| Retracer l'arbre généalogique de la famille (liaison auteur-narrateur). Placer les événements sur un axe temporel du présent (écrits de l'auteur) au passé (contexte historique) |
| Choisir et peindre une scène du livre après lecture silencieuse pour en exprimer au mieux la force du contenu. |
Remarques